tablesNietzsche avait donc raison ? La morale, c’est fini ? « Il n’y a pas de phénomènes moraux, rien qu’une interprétation morale des phénomènes. » 

Beaucoup aujourd’hui souscriraient aux aphorismes de ce grand prophète de la déconstruction. À commencer par le président du Comité consultatif national d’éthique, qui avoue ne pas savoir ce que sont le bien et le mal (1) : « Entre les innovations de la science et celles de la société, il n’y a pas de bien et de mal. Il y a un équilibre à trouver qui doit s’inscrire dans la notion de progrès. » Notons au passage la contradiction : s’il n’y a pas de bien, il y a encore moins de mieux, et le progrès est une belle blague. À moins que ce soit aller toujours plus loin dans la démolition.

’on me pardonne de revenir sur des événements déjà beaucoup médiatisés. Mais l’écho médiatique est une chose, la réflexion éthique en est une autre. Or nous sommes ici au cœur de la question. Le sacrifice du Colonel Beltrame était beau, héroïque. Croyants ou incroyants, nous étions mis subitement devant la radicalité de la décision éthique. La différence entre le bien et le mal nous saute alors aux yeux, au cœur : c’est la différence entre l’humain et l’inhumain. 

Nietzsche et d’autres ont semé le doute. La valorisation du sacrifice serait typique d’une morale d’esclaves, et la défense des faibles (une caissière de supermarché !) contraire à la sélection naturelle et à l’avènement du surhomme (on dit aujourd’hui l’homme augmenté). À chacun d’inventer sa morale et ses valeurs. Le désir fait la loi. La société évolue, les normes aussi. Mais alors au nom de quoi, de qui, contester « l’évolution » de l’État islamique, pour qui le héros c’est l’égorgeur ? Le tweet d’un gauchiste bien de chez nous, candidat à l’Assemblée nationale, confirme : Buter un gendarme, ce n’est pas mal, en plus « un colonel, quel pied ! » (sic). 

Lors de son rendez-vous aux Bernardins avec la cathosphère, le président Macron a tenu un discours qui ne manquait ni de courage ni de style. Cependant, s’il affirmait accueillir et même souhaiter de l’Église un questionnement, c’était pour mieux exclure toute injonction. C'est-à-dire tout absolu. Tu ne tueras as, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu ne prendras pas la femme d’un autre… autant d’injonctions universelles et non négociables, qui nous protègent de la dictature du relativisme et de la loi de la jungle. La morale à géométrie variable et interprétation personnelle est bien dans l’air du temps. C’est une question pour l’Église : comment habiter la modernité sans tomber dans la mondanité,régulièrement dénoncée par François ? Si tout le monde t’aime, est-ce parce que tu dis la vérité, ou parce que tu la relativises ?

Famille Chrétienne, 12 mai 2018

(1) Jean-François Delfraissy, entretien à Valeurs Actuelles,3 mars 2018.

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