soleil automneQuelqu’un dont l’histoire familiale a été douloureuse, perturbée en outre par des influences du monde des ténèbres, me pose la question : « Je n’arrive pas vraiment à oublier tout ce qui s’est passé. Et je me demande comment vivre avec ces souvenirs toute une vie ? »

La personne ne s’en rend pas compte, mais la réponse est inscrite dans la question. « Vivre avec » : c’est à la fois le défi et la solution. La seule solution, car les deux autres voies sont des impasses. La première erreur serait de rêver de « vivre sans » : sans ces souvenirs, sans cet héritage, sans ces blessures. Contrairement à ce que disent les gens, on ne peut pas « refaire sa vie ». Cette expression est complétement fallacieuse. Oui, je peux, avec la grâce de Dieu, écrire une nouvelle page. Mais je ne peux pas arracher les pages déjà écrites, aussi tachées et raturées qu’elles soient. Mon passé est ce qu’il est, c’est mon histoire, pour le meilleur et pour le pire. Je ne peux ni m’en débarrasser ni m’en évader. Ce serait me prendre pour un autre, ce serait vivre hors de moi. C’est ce qui se passe quand une personne ne supporte plus la réalité : la tentation est de fuir dans un ailleurs, et beaucoup d’addictions anciennes et nouvelles en sont la conséquence. On sait bien aussi que le déni est illusoire. Si je ne veux plus y penser, si j’efface de ma mémoire le traumatisme, cela ne veut pas dire qu’il a disparu. J’ai mis sur tout ça un couvercle, mais le couvercle bouge ! C’est comme les secrets de famille : ils sont enfouis dans le silence, mais ils continuent d’empoisonner tout le monde.

t-ce que cela veut dire que je ne sortirai jamais de cette histoire de malheur ? Là justement est l’autre erreur, qui est de « vivre avec » mon fardeau, ma blessure, ma misère, mais en les laissant envahir tout mon champ de conscience et boucher l’horizon. Stoïquement résigné ou intimement révolté ou encore tristement accablé, dans tous les cas je ne vis plus, je survis. Un poison de mort me ronge. Pourtant il y a une bonne nouvelle : l’histoire n’est pas finie ! La petite fille espérance (comme dit Péguy) vient me prendre par la main et m’invite à faire quelques pas vers l’avenir.

Le premier pas est un acte de foi : je ne suis pas seul. Le Christ est avec moi tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20). Tous les jours, y compris les jours de tempête et de ténèbres ! Le deuxième pas est l’acceptation, l’humilité devant la réalité. Le troisième pas est le pardon ; plutôt qu’entretenir la rancune et l’amertume contre ceux qui m’ont blessé, ce qui ne fait que gratter et envenimer la blessure, je les confie à la miséricorde de Dieu et j’essaie d’y joindre la mienne – car je ne suis pas meilleur que les autres (1R 19, 4). Le quatrième pas est l’offrande ; il faut demander à Marthe Robin de nous enseigner ce grand secret : l’offrande transforme la souffrance en amour, l’impuissance en fécondité. Le cinquième pas est de vivre quand même, d’oser vivre et revivre ; car rien ne m’empêchera d’aimer.

publié dans Famille Chrétienne, 28 octobre 2017

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