thomas2Avec l’apôtre Thomas, nous demandons des preuves. Preuve que Dieu existe, preuve que Jésus est ressuscité, preuve que j’ai raison… Mais Dieu ne donne pas des preuves, il donne des signes.

Il fait signe. Il y a beaucoup d’autres signes que Jésus a faits et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que par la foi vous ayez la vie en lui (Jn 20, 31). Quels signes ? Tout ce dont témoignent les évangiles. En particulier tout ce que nous venons de relire et de revivre : la passion du Christ, sa mort sur la croix, sa mise au tombeau, le tombeau vide, le linceul vide, l’apparition à Madeleine, puis aux Dix, puis à Thomas… 

Contrairement à ce que beaucoup pensent, une preuve n’a jamais converti personne. La preuve s’impose à l’intelligence, je sais par exemple qu’il n’y a pas de fumée sans feu. La fumée est la preuve du feu. La preuve ne me demande pas mon avis, elle existe en soi, drapée dans son objectivité, son extériorité, son autorité. Elle est rassurante si elle va dans mon sens. À la limite elle me dispense de penser. Mais si elle contredit mes préjugés théoriques ou mes habitudes pratiques, je peux l’ignorer superbement. Elle contraint mon intelligence, mais pas ma liberté. Jésus le dit dans la parabole de Lazare et du riche : S’ils n’écoutent pas Moïse ni les prophètes (c'est-à-dire s’ils refusent et la lumière et la conversion) quelqu'un pourra bien ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus (Lc 16, 31).

Au contraire le signe s’inscrit toujours dans une relation. Il est donné par quelqu'un à quelqu'un. Il est vécu dans la confiance, confié comme un don, et reçu comme tel. C’est pourquoi il est inséparable du témoignage. Il inaugure la chaîne des témoins, qui de l’un à l’autre se transmettent le signe. Ainsi les autres disciples disaient à Thomas « Nous avons vu le Seigneur » (Jn 20, 25).Comme on le voit dans les Actes des Apôtres l’évangélisation n’est pas la transmission d’une idée, mais le partage d’une expérience ; d’où sa force : c’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux (Ac 4, 33).Dans le signe il y a un dynamisme, une vision, un appel. Et dans le témoignage chrétien cette force d’appel est divine : celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit Saint, car l’Esprit est la vérité (1Jn 5, 6).

Mais revenons à Thomas, le Jumeau, ce bon apôtre qui a raté le rendez-vous de dimanche dernier ! Au fait, que faisait-il tout seul dans son coin ? Était-il caché quelque part, plus terrorisé encore que les autres ? Ou bien avait-il pris un week-end à la campagne pour se changer les idées, après toutes ces émotions ? Enfin le revoilà ! Le pauvre : on en a fait le patron des sceptiques et nous nous cachons derrière lui pour justifier nos doutes, c'est-à-dire notre paresse intellectuelle, notre médiocrité spirituelle, notre engagement conditionnel. Mais non, c’est le contraire : Thomas est le plus croyant des Douze, le premier à dire à Jésus : « mon Seigneur et mon Dieu ! » Mais d’abord il veut toucher ce corps : est-ce une présence réelle, ou un cadavre ambulant, ou un fantôme, ou une hallucination ? Concrètement, est-ce bien lui ? Pour l’attester il faut une signature : celle des blessures. Voilà ce que Thomas veut toucher. 

Jésus semble abonder dans son sens : Avance ton doigt… avance ta main… mes mains… mon côté (Jn 20, 27). Thomas va-t-il au bout du geste esquissé ? Le texte ne le dit pas. Il ne le nie pas non plus. Nous sommes ici comme à une frontière. Un corps terrestre peut-il toucher le corps transfiguré et glorifié ? On ne peut le voir déjà que par une grâce mystique que nous appelons maladroitement apparition (il faudrait dire manifestation, théophanie). Le toucher, si toucher il y a, ne peut être que du même ordre, une expérience éventuellement sensible, mais fondamentalement intérieure, spirituelle. Exactement comme dans la rencontre de Marie de Magdala avec le Maître (Rabbouni !) dans le jardin : Noli me tangere ! – qu’on ne sait comment traduire : ne me touche pas, ne me touche plus, ne me retiens pas… Le verbe grec au passif laisse entendre le désir de tenir, de saisir. Alors qu’en vérité c’est l’inverse : je ne peux pas saisir la résurrection, je peux seulement être saisi ; non pas toucher le Ressuscité, mais être touché par sa présence. C'est-à-dire sa miséricorde. En effet, par-delà les ténèbres de sa mort, de mon péché et du péché du monde, il est là : pour moi, pour toi, pour tous. La paix soit avec vous !Parole ô combien miséricordieuse, pour ces disciples infidèles (à une exception près, le bien-aimé, qui confesse cependant qu’il n’y croyait plus : Jn 20, 8), disciples sans courage, prêts à renier le Maître, inscrits aux abonnés absents pendant toute la passion et même au moment de l’ensevelissement (sous-traité par Joseph et Nicodème). 

C’est à ce moment-là que je deviens témoin. De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie (Jn 20, 21). Ce n’est pas moi qui suis allé le chercher. Je ne l’ai ni inventé ni rêvé. J’étais plus ou moins enfermé dans mes pensées et mes désirs, voici qu’il est entré dans ma vie. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Cette présence est une délivrance et une promesse. Croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom (Jn 20, 31). Les signes me sont donnés, il m’est donné de croire et de vivre. À mon tour de faire signe.

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