repasC’est la bonne nouvelle que l’on entend tout au long de la Bible. Nous l’entendons chez les prophètes : la table est mise, venez sans argent et sans rien payer !

Nous retrouvons le repas royal dans les paraboles de l’évangile et finalement nous le célébrons chaque fois que nous allons à la messe : un festin est préparé, vous êtes invités. C’est une double révélation : la révélation d’un Dieu ami des hommes, qui les invite à sa table, et la révélation de la vocation la plus profonde de l’homme, qui est de s’asseoir à la table de Dieu. En effet il n’y a de repas que dans l’amitié. Quand je suis tout seul devant mon assiette, ou quand je suis entassé avec des inconnus dans une cafétéria, c’est de l’alimentation mais ce n’est pas vraiment un repas.

Cette invitation est une miséricorde. Une pure grâce. On ne te demande pas si tu es riche ou pauvre, si tu es bon ou méchant, si tu es digne ou pas digne. Tu es attendu. Il y a une place pour toi. C’est cela que les pharisiens et les grands prêtres à qui Jésus s’adresse ne comprennent pas, n’acceptent pas. Selon eux il faut mériter la grâce, il y a quelque chose à prouver ou à gagner. Le salut devient leur affaire. Comme les invités de la parabole, qui préfèrent s’occuper de leur champ ou de leur commerce, ils préfèrent garder le contrôle, maîtriser les choses. C’est la grande tentation de l’homme moderne. Se faire lui-même, s’auto-définir, ne rien devoir à personne : pas d’héritage, de tradition, de culture, de père, de mère. Cette fausse indépendance est suicidaire. On est étonné de la violence qui apparaît dans la version de la parabole selon saint Matthieu : les invités massacrent les serviteurs, le maître les fait périr. Mais il faut comprendre : c’est en effet une question de vie ou de mort. Un monde sans grâce et sans action de grâce est un tombeau.

La traduction liturgique, comme la majorité des traductions, parle des « invités » au festin. Mais le mot grec est plus biblique et plus parlant : il s’agit des « appelés ». De même, pendant la messe, avant la communion, le prêtre dit : « Heureux les invités au repas du Seigneur » ; c’est un verset de l’Apocalypse ; on devrait traduire de façon plus littérale : « Heureux ceux qui sont appelés au festin [des noces] de l’Agneau » (beati advocati). Oui, nous pouvons nous reconnaître dans ces anonymes qu’on est allé chercher à la croisée des chemins, tout étonnés que l’appel leur soit adressé, émerveillés de voir qu’on a pensé à eux. Notre présence dans cette église atteste que l’appel nous a touchés. N’oublions pas de remercier le Seigneur et tous ceux qui ont permis que l’appel vienne jusqu’à nous.

Mais nous nous reconnaissons aussi dans les serviteurs, chargés de transmettre l’appel. C’est en effet le secret de la mission de l’Église. Évangéliser, ce n’est pas recruter pour son parti ou défendre des idées. C’est partager un appel. Parce que nous avons connu la grâce, l’honneur, la joie d’être appelés, nous ne pouvons pas nous résigner à ce que tant d’hommes et de femmes restent au bord du chemin, ignorant qu’un amour les attend.

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