(à propos de la nouvelle traduction du Pater)

NotrePereComme beaucoup, je suis heureux de voir que la traduction de la sixième demande du Notre Père est enfin revue et corrigée. Je regrette néanmoins qu’on n’ait pas osé rétablir l’ancienne version : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation ». On éviterait ainsi une confusion de vocabulaire avec la scène de Gethsémani (où la nouvelle traduction va chercher le verbe « entrer ») et on maintiendrait l’article défini (car entrer en tentation n’est pas entrer dans la tentation ; Jésus lui-même, poussé par l’Esprit, entre bel et bien « en tentation » dans le désert).

Hélas il a fallu attendre cinquante ans pour cette rectification et il est devenu difficile d’en faire d’autres. Pourtant les traducteurs auraient dû profiter de l’occasion pour supprimer le « aussi » inutile, inchantable et en outre mal placé de la cinquième demande (en français il faut dire « nous aussi nous pardonnons », et non pas « aussi à ceux qui nous ont offensés »).

On aurait pu éviter aussi le pléonasme de la quatrième demande : « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » – c’est-à-dire d’aujourd’hui. Cette traduction (?) est celle de la Bible liturgique francophone pour le Notre Père selon saint Matthieu. Mais le traducteur de Luc a une formule plus heureuse : « donne-nous le pain dont nous avons besoin » (Lc 11, 3) – on peut souligner que Luc et Matthieu emploient exactement les mêmes mots (ton arton hèmôn ton epiousion). Je dirais tout simplement « notre pain nécessaire ». Ou pourquoi pas « notre pain quotidien », comme avant ! En tout cas un pain vital, c’est ce que laisse entendre le mot rare et énigmatique du texte original.

(paru dans le courier des lecteurs de La Nef, janvier 2018)

Ce sujet est davantage développé et argumenté dans mon petit livre : La Messe. Mieux trauire pour mieux célébrer (Editions bénédictines).

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