misericordieuxLa Miséricorde divine n’était plus d’actualité ; les Lumières du XVIII° siècle honoraient la raison plutôt que le cœur, le déisme du XIX° cultivait l’idée de Dieu plutôt que l’expérience de Dieu.On a redécouvert la miséricorde au XX° siècle. La sainteté a pris la couleur de la compassion : ne pas craindre de toucher les plaies de l’humanité, ni d’être touché par les plaies du Christ. 

Les stigmates de Marthe Robin et du padre Pio en sont le signe. Le Journal de sœur Faustine le redit avec insistance : Dieu est Miséricorde. Ce siècle sans pitié, qui a mis la planète à feu et à sang, avait besoin de consolation et de pardon. C'est-à-dire d’espérance. Notre siècle aussi, confronté à une troisième guerre mondiale en morceaux (comme dit François), et en même temps à une révolution culturelle où la vie et l’amour ont tout à perdre. 

Miséricorde est un mot-clé de la tradition juive et chrétienne, un fil rouge d’un bout à l’autre de la Bible. Il ne faut pas le remplacer par « amour », le mot est trop vague. L’hymne à la charité de saint Paul dit quelque chose du cœur de Dieu, plus encore que du nôtre : prendre patience et rendre service, être sans colère et sans rancune, capable de tout supporter, tout croire, tout espérer, tout endurer (1Co 13, 4-7). La conclusion s’impose : Soyez compatissants comme votre Père est compatissant (Lc 6, 36). Ce qui signifie rejoindre les personnes là où elles sont, les aimer telles qu’elles sont, accueillir leur histoire et leur situation présente, respecter leurs choix faits en conscience, les accompagner au nom du Christ. Accompagner suppose un chemin, et cheminer suppose un but. Reconnaître la centralité de la miséricorde dans la vie de l’Église ne garantit pas la convergence des pensées ni celle des pratiques. Il semble même qu’un écart se creuse entre chrétiens et aussi entre évêques.

Dans ce débat il nous faut revenir à la parole miséricordieuse de Jésus à la femme adultère, parole souvent citée et souvent à moitié : Je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus (Jn 8, 11). Ni condamnation ni résignation. Le rigorisme est décourageant, car il est sans appel. Le relativisme l’est tout autant, car il n’appelle pas. Le monde attend de l’Église qu’elle suspende tout jugement, qu’elle bénisse tout et son contraire. Mais la tolérance n’est pas une vertu chrétienne. C’est une miséricorde à l’envers, qui adapte l’Évangile aux situations et rend la loi facultative. La vraie miséricorde accompagne les personnes dans leur adaptation progressive, et même laborieuse, à l’appel du Christ. On traitera de légalistes et de pharisiens ceux qui s’attachent humblement mais fermement à ce que l’Église a toujours enseigné et pratiqué. Mais pour Paul il y a bel et bien une loi du Christ (Gal 6, 2).

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