denierRendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Cette phrase est bien connue. Ce n’est pas sûr qu’elle soit bien comprise.

Peut-être faut-il commencer en rappelant le contexte historique. Les Romains ont conquis tout le Moyen Orient. La Judée avec Jérusalem est administrée directement par Rome, à travers un gouverneur, Ponce Pilate. Mais la Galilée est sous l’autorité d’Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand, qui poursuit la politique familiale de soumission en échange d’une certaine autonomie. Dans le peuple d’Israël cette situation est diversement vécue. Les pharisiens sont plutôt apolitiques, leur énergie est mobilisée par l’étude et la pratique de la Torah, avec un certain prosélytisme. Les hérodiens ont fait le choix de soutenir le pourvoir romain et d’en tirer quelques bénéfices. Les zélotes (comme l’apôtre Simon) font le choix inverse, celui de l’indépendance, et donc le refus de l’impôt – même si l’on n’est pas encore à l’époque des grandes révoltes qui aboutiront à la destruction du Temple.

Accompagnés d’hérodiens, qui ne sont pas leurs amis, mais qui sont convoqués comme témoins, les pharisiens viennent donc « piéger » Jésus. Piège dialectique, en « oui » ou « non », pour ou contre (comme pour la femme adultère), piège diabolique (la dialectique est diabolique, en grec ce sont presque des synonymes) : Jésus est somme de choisir son camp, et dans toutes les hypothèses de se renier : ou bien se faire sujet de César (et donc renoncer à être reconnu un jour comme le Messie-Roi), ou bien se présenter comme un rebelle prêt à prendre le pouvoir.

Jésus choisit… le Royaume de Dieu, ou plus exactement (précision donnée par Benoît XVI) le règne de Dieu (que ton règne vienne). Il ne nie pas pour autant un réalisme économique et politique : les p^harisiens eux-mêmes en donnent la preuve, puisque qu’ils ont dans leur poche la monnaie impériale officielle. Les choses de ce monde ont leur loi propre, et il n’y a pas de société sans exercice d’un pouvoir. Jésus n’est pas un anarchiste, contrairement à ce que disent certains romantiques ou révolutionnaires.

En revanche il ne met pas sur le même plan Dieu et César, il ne les renvoie pas dos à dos. Il y a un « mais » sous-entendu : à César ce qui est à César mais à Dieu ce qui est à Dieu. Là est le piège de la laïcité à la française, ou plutôt du laïcisme, qui est tout sauf la vraie neutralité, et que des lobbies mondialistes essaient d’étende à la planète entière. dans ce système, Dieu et César sont en concurrence. L’Etat prétend contrôler l’espace public et avec une générosité méprisante il accepte que Dieu soit honoré mais ne sorte pas du périmètre de l’église et de la vie privée. Pas de crèche, pas de croix, pas de fêtes chrétiennes, et même (la dernière !) pas de drapeau européen avec 12 étoiles, qui font penser à la vision de Marie dans l’Apocalypse.

Et nous, les catholiques, nous entrons assez facilement dans ce piège. Soit en nous alignant sur la pensée du monde et en nous vendant au pouvoir pour un plat de lentilles (un minimum de reconnaissance et d’intégration) soit au contraire en rêvant de reprendre le pouvoir grâce à un parti chrétien ou à un succès médiatique ou quelque chose de ce genre. Non, Dieu et César ne sont pas au même niveau. César veut parfois prendre la place de Dieu (il n’y a aucune loi au-dessus des lois de la république, disait un président de droite) – et les martyrs refusaient de faire brûler quelques grains d’encens devant la statue de l’Empereur divinisé. Mais Dieu ne veut pas prendre la place de César. Il ne veut pas s’abaisser à ce rôle intramondain. Il ne veut pas prendre le pouvoir terrestre (il se retire dans la montagne quand on veut le faire roi). Sa puissance n’est pas une force de domination, écrasante, mais d’attraction, appelante. L’appel de l’amour. Du pur amour.

Et les Pères de l’Eglise nous ont appris ce qu’il faut « rendre à Dieu », quelle pièce d’argent : le vrai trésor, c’est tout être humain qui se laisse recréer dans le Christ. Le baptême en effet grave en nous une inscription et une effigie, qui ne sont pas celles de César, mais celles du Christ Roi. Son nom est gravé de façon ineffaçable dans nos cœurs. Son visage se dessine peu à peu à travers notre propre visage, car nous sommes créés à son image et recréés dans sa ressemblance. Finalement « rendre à Dieu » c’est rendre grâce. Chaque messe, chaque eucharistie est à la fois accueil du don et offrande en retour, à l’intérieur de l’Offrande parfaite du Christ. Le don qui nous est fait ne devient pas une propriété privée, que nous garderions jalousement. Mais un trésor à partager avec nos frères et à « retourner » en quelque sorte à Celui qui ne cesse de nous combler.

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